
« Entrailles, organes, tripes, instinct, impulsions, connexion, centre, sécurité, naissance, expulsion, contractions, douceur, douleur, rondeur, estomac, ulcère, digestion, papillons, amour, amoureux, intelligence, cœur, brûlure, intestins, dos, gaz, ballonnements », voilà quelques uns des mots cités par le groupe de 12 participants réunis pour ce premier café de l’écologie corporelle sur le thème « Tout naît-il du ventre ? ». Chacun avec son vécu et sa sensibilité exprime les mots qui lui viennent à l’évocation du « ventre » et les offre en partage au centre du cercle que nous formons. « Abdomen, angoisses, nœud, intimité, menstruations, souffle, cycle lunaire, nettoyage, défécation, sexualité, vie, enfant, émotions… » « Joie ? »… Bof, réaction unanime des participants : pas de joie ici, dans le ventre, aujourd’hui ! « Colère ? » Non plus… « Tristesse ? » Pas beaucoup plus… Des thèmes récurrents apparaissent selon les participants : sexualité, angoisses, maternité, féminité, intériorité, fonctions organiques primaires (mais pas trop quand même;-))… et au loin, les émotions…
C’était le mercredi 4 avril à L’Antre-Autre et Christine, Jean, Sandra, Camilo, Thomas, Lucia, Luis, Fabrice, Christine, Cécile, Claude et moi, Céline, avons partagé un moment d’écologie corporelle®, un temps pour soi, pour écouter ce corps, souvent bâillonné dans l’agitation du quotidien et pour écouter les autres.
Bières, thé et autres sirops à la châtaigne atterris dans nos ventres, nous sommes prêts ! « Faites comme chez vous ! », nous invite Maguelone, la gérante-cuisinière-artiste de L’Antre-Autre. Alors, nous avons repoussé les tables colorées de la cantine « cuisine maison » et, assis dans un cercle rapproché, nous relâchons le coccyx-sacrum dans un expir, puis le plancher pubo-pelvien dans un inspir. Entre nos deux mains posées sur le bas du ventre et le dos, le bassin se détend, s’assouplit et ivre de bercement, lancinant, se déploie pour venir habiter tout son volume. Sans partage encore, je nous invite à rester dans cette attention et cette connexion et à se placer par deux, debout. A tour de rôle, les mains en relais sur le bassin écoutent et invitent le partenaire à venir respirer sous sa paume. « Ne rentrez pas dans l’Autre. Accompagnez-le et laissez-le libre…», comme un rappel (pour moi d’abord !). Chacun ayant délicatement laissé la bulle de l’autre, nous restons debout, émerveillés, étonnés, angoissés, détendus, tendus… « Je ne sentais pas ma respiration dans le dos, mais je l’ai senti chez l’autre », « Je n’ai pas supporté le contact des mains de l’autre, je sentais de la répulsion et je n’arrivais plus à respirer », « Je sens maintenant mes épaules tendues », « J’ai reçu des mains magiques qui m’ont instantanément ramenée ici » et quelques silences. Le corps, qui commence à parler…
Puis Thomas nous propose un exercice d’écoute de la respiration et en particulier du MRP, mouvement respiratoire primaire, avec un éclairage ostéopathique. Tout d’abord, une main sous le plexus solaire et l’autre sur le plancher pubo-pelvien, nous écoutons la vague de la respiration monter puis descendre entre les deux mains. Puis en décalant les mains vers la droite, Thomas nous invite à sentir l’ouverture à l’inspir qui ramène ensuite. « Le rythme peut être différent », phrase décisive pour Christine pour lâcher et ressentir la magie de la « mécanique » humaine, sans la contraindre. Enfin, une main passe dans le bas du dos et nous cherchons à sentir le mouvement du sacrum qui s’alourdit naturellement à l’expir, puis se bombe à l’inspir, mouvement du souffle parcourant la colonne vertébrale entre crâne et le sacrum, rejoignant ici le premier exercice de Wutao proposé.
Une heure est déjà passée, les jambes sont lourdes, les dos agités et le groupe a besoin de s’asseoir. Je propose alors un temps de partage imagé en reprenant l’idée d’une « météo », comme elle m’avait été proposée lors de stages de Wutao® et Trans-Analyse®. (Ré)-enchanter son corps en mots ou en dessins, le découvrir autrement, le rendre poétique, l’écouter avec les yeux, les yeux pleins d’étoiles… Et voilà un magnifique paysage qui s’anime sous nos yeux, né de l’instant. Un ciel gris et voilé avec quelques rafales dans le dos, une brise printanière, un soleil chaud qui fait le timide quand on parle de lui, une belle nuit d’été, la lune éclairant des bosquets habités, un soleil doux dans le ventre venant s’affronter brutalement aux éclairs dans le dos, un lever de soleil rond de silence, un vent qui tourbillonne au-dessus de l’océan dans un sens, dans l’autre, indéfiniment, un sale temps, de la grêle, une cave sans fenêtre pour voir le temps dehors et une colline mystérieuse… Merci beaucoup à tous d’avoir osé le verbe (ou le dessin !), la poésie, les métaphores pleines de sens et d’avoir partagé avec générosité votre intimité unique et universelle. Chacun a écouté, attentif, passionné. Pour moi, c’est toujours une surprise source d’espoir de découvrir la richesse de l’altérité, les trésors de la différence… Écoutée ainsi : plus de jugement, que de la paix !
Comme l’envie de rester assis est toujours là, Lucia nous invite à explorer les sons sur nos chaises. De l’expir sonore au « Yam », la mantra qui nourrit le bassin, vibrations et sons graves s’invitent dans le ventre, le dos, le bassin. Malgré la fin des lectures des textes poétiques de Gabriel Le Gal et l’agitation qui s’en suit à l’étage de L’Antre-Autre, malgré les aller et venues dans la salle où nous sommes et les clients en train de savourer la purée de pois chiche maison, c’est une petite révélation pour Cécile et Claude. Pourtant, l’énergie du groupe à ce moment est bien proche de la terre ! J’ai même l’impression que certains pourraient s’y allonger pour s’endormir… et y déposer quelque chose ?
Le dernier exercice, debout, m’a été soufflé par Cyrille Philippe, sage-femme en conscience et eutoniste. Il s’agit de visualiser un triangle de la base des pieds jusqu’au ventre et un autre de la ligne des épaules jusqu’au ventre pour trouver là à la chevauchée des triangles, une zone, le centre. Certains triangles ne se croisent pas, d’autres sont en décalage, certains se rencontrent au niveau du plexus, d’autres au niveau du « hara », certains en vrille…
Et se termine ainsi le premier café de l’écologie corporelle. Chacun fait son bilan : prises de conscience corporelles à décliner dans sa recherche d’harmonie au quotidien pour Sandra, révélation de son hara visualisé en losange grâce à l’eutonie pour Cécile, prof de Qi Gong, découverte de sa voix pour Claude, besoin de choyer son ventre après ses Chi Neit Tsang donnés quotidiennement pour Christine, difficulté pour Thomas et Fabrice de se centrer et d’écouter au milieu du mouvement joyeux d’un bar, « sous-sols » vus, verbalisés et (pas encore) acceptés pour Camilo et Christine, plaisir du partage pour tous…
Merci à tous les participants, aux contributeurs Thomas et Lucia et à Maguelone de nous accueillir à L’Antre-Autre ! Le rendez-vous est pris dans un mois, mercredi 2 mai, pour se demander : « Le mouvement a-t-il un sexe ? »
A bientôt !
Céline Laly, instructrice certifiée de Wutao et organisatrice des cafés de l’écologie corporelle à Lyon.
Photo : Gail Rau