Le deuxième “café de l’écologie corporelle®” a eu lieu le 2 mai à L’Antre-Autre, à Lyon. Nous étions un petit groupe de 5 personnes : Jean, Christine, Eve, David et moi, Céline, animatrice, réunis à l’étage du « café coloré ». Un étage entier pour nous !
Le thème : le mouvement a-t-il un sexe ? Thème important, essentiel, plein de sens, plein aussi de non-dits, de tabous peut-être et « chargé » certainement… y compris pour l’animatrice qui le proposait;-)
- Mais alors, explique-nous, Céline… D’où t’es venu ce thème ? Parce que… il fallait le trouver quand même !
Ou bien le formuler en tout cas…
Le fil directeur que je me suis donné pour animer les « cafés de l’écologie corporelle » est vraiment « le ressenti d’abord, le mental dehors », mais là, avant même de rentrer dans les sensations, il me semble important de mettre des mots… Alors, comment m’est venue cette idée ?
Flashback. Je danse lors de l’atelier donné par Stéphanie Bardin à Afromundo sur les composantes du mouvement selon l’analyse de Laban et je me demande si le mouvement a un sexe, c’est-à-dire s’il a un genre, si certains gestes sont plus masculins ou féminins ou animés par des principes masculins ou féminins. Mais formulé ainsi, saute aux yeux une autre question : le mouvement a-t-il une origine sexuelle… Autrement reformulé : pré-existe-t-il à tout mouvement une impulsion sexuelle, c’est-à-dire venant de la sphère de la sexualité et des pulsions vitales, du bassin, du hara… Ou encore autrement reformulé : est-ce que le mouvement naît dans le ventre ??? Thème du premier café ! Silence intrigué et pointe de gêne dans le groupe…
Je propose de se lever et de prendre contact avec son bassin. Debout, en cercle, une main sur la plancher pub-pelvien, l’autre sur la région du coccyx sacrum, nous prenons le temps de sentir vivre sous nos mains cette zone, dans un doux bercement de relâcher… relâcher… relâcher. Ressenti initial essentiel en Wutao®.
- Quelle est le couleur, là sous vos mains ?
Un magnifique arc-en-ciel se dessine sous les cieux de l’Antre-Autre dans un feu d’artifice : Rouge ! Rose… Vert… Jaune ! Violet…
Peut-être qu’il faudrait parler de « ça », y aller… Je me sens un peu mal à l’aise avec ce thème soudain… Pourtant, c’est bien moi qui l’ai proposé ! Hum ! Intéressant pour ma connaissance personnelle. Alors je décide de parler du bout des lèvres de « détendre les organes génitaux » et de sentir l’onde monter le long de la colonne vertébrale dans une vague de plaisir. Le groupe est dans un état d’énergie tout doux, un peu sonné. On se rassoit… Je me demande comment enchaîner en surfant sur cette vague d’énergie… Je décide de sortir… un jeu : le « Tribal Tarot », créé par Delphine Lhuillier, professeure et formatrice de Wutao et gérante du Centre des Arts et de l’Écologie Corporelle, à Paris. Le « Tribal Tarot » est un jeu de cartes de « connaissance de soi ». Chaque carte représente un membre des tribus de la planète Mambatta avec chacun, sa légende, son énergie, ses vertus, aspirations, faiblesses, message et dynamique corporelle. C’est la première fois que je propose une animation avec ce jeu. Je décide de proposer un tirage. Je me dis qu’avec un peu de chance, il apparaîtra quelque chose du tirage en lien avec le thème… Je compte beaucoup sur la tribu des Zékaï, représentante de l’énergie sexuelle…
Laura Végéto
Zoziotic
Le totem de la tribu des grands vents
Vajrafly
Pink Star…
Et bien l’énergie sexuelle n’est pas là avec nous ce soir !
Devant les yeux intrigués des participants, je décide de lire à chacun le contenu de son tirage. Comme très souvent, les cartes résonnent très fortement pour presque tous les participants… Mais on s’est bien éloigné du sujet… et on a perdu la belle énergie arc-en-ciel.
J’en tire les conclusions pour une prochaine animation : le jeu du Tribal Tarot est un bel outil d’animation. Peut-être accompagner chacun dans la « dynamique corporelle » proposée par le personnage de la carte tirée afin de l’incarner et organiser des rencontres de ces personnages en « état » comme le suggère Delphine Lhuillier. Pour le moment, le « café » continue.
- Bon, ce serait quoi un mouvement « féminin » pour vous ?
On se relève et on commence presque tous spontanément à dessiner des ronds avec les bras, des mouvements très « danse orientale », LA danse de la féminité. Laban a décrit les mouvements indirects dans la composante « Espace » et aussi « Forme » de son analyse du mouvement, des mouvements animés par les « principes féminins ».
- Et un mouvement « masculin », ce serait quoi ?
Petit temps de réflexion… Et tcha : coup de hache mimé, coup de pied, coup de poing… Des mouvements « directs », pour reprendre le lexique labanien, visiblement animés par des principes masculins (autant incarnés par les hommes que par les femmes d’ailleurs). Et puis, à force de mouvements, les participants en viennent à créer un lien entre mouvement direct « masculin » et rapidité. Dans notre société très « yang », société de la performance où il faut aller vite et droit au but, on a besoin de ralentir… Et les mouvements indirects et ronds, féminins dirons-nous dans un raccourci, semblent nourrir beaucoup les participants dans ce sens. Le féminin à la rescousse du masculin ?
On termine ce café de l’écologie corporelle avec une proposition d’œuvres d’art à regarder. C’est le travail d’Isabelle Martinez, professeure en culture du Wutao et chargée de conception des activités enfants et adultes au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. Isabelle a créé les ateliers Mouv’Arts qui lient Wutao et arts visuels, c’est-à-dire mouvement, conscience corporelle et création artistique ou observation d’œuvres. Illustrer un thème de mouvement par une œuvre d’art relève d’un travail de longue haleine en connaissance, ressenti et expérience. Je remercie vivement Isabelle qui m’a proposé plusieurs œuvres en lien avec le thème. Je n’ai pas la compétence pour proposer l’accompagnement subtil et profond d’un atelier Mouv’arts, mais je présente humblement les visuels au centre du groupe pour ouvrir un autre espace sensoriel.
Nous commençons avec les petits bonhommes colorés de Keith Haring. Qui sont ces personnages de couleur, au nombre de cinq, comme le groupe ce soir, tiens, étrange synchronicité ? Rouge, violet, jaune, vert, magenta… les couleurs de nos ventres en arc-en-ciel de plus !! Hommes ? Femmes ? Ont-ils un sexe ? Ils dansent ? Ensemble ou isolés ? Ils s’amusent… Non, ce sont des automates… Nous enchaînons avec les épreuves d’anthropométrie d’Yves Klein, une traînée de bleu pleine de texture, d’images, d’énergies, de visages, de silhouettes selon chacun, puis un visuel représentant deux corps : deux femmes ? Non, il y a bien un homme-là ! Ou est-ce que ce sont de pures formes ? Des projections ? Traces d’un vécu ?
Et voilà le café se termine, j’espère qu’il a entrouvert une porte, et peut-être même fourni une ou deux clés…
Rendez-vous le mercredi 6 juin, 19h-21h, pour découvrir « c’est quoi la souplesse ? ». Comme toujours, si vous souhaitez partager dès à présent une information, une lecture, une citation, un exercice, une étude, un visuel en lien avec ce thème, vous êtes les très bienvenus : celine@unmonderond.com.
Céline Laly, instructrice de Wutao, animatrice des cafés de l’écologie corporelle à Lyon.






